Ce concept controversé revient au cœur du débat public français, alors que les faits peinent à le corroborer. Qu’en est-il réellement ?
« Il est arrivé à ma fille au lycée de se faire traiter de ‘sale blanche’, c’est du racisme anti-blanc« . Intervenante sur Cnews, dimanche 23 mars dernier, la porte-parole du gouvernement Sophie Primas a mis les pieds dans le plat, évoquant la notion de racisme contre une certaine franche de la population, celle blanche en l’occurrence.
« Une sorte de faillite de l’antiracisme« , d’après un de ses interlocuteurs, le sociologue Mathieu Bock-Côté. « Un sujet tabou en France », estime un autre intervenant sur le plateau.
« En tout cas, ce n’est pas le mien. Le racisme est universel. Il va vers tous les types de population, qu’elle soit d’origine étrangère, française, blanche ou je ne sais de quelle origine. Le racisme, c’est la haine des autres, la haine de ceux qui sont différents. Par conséquent, je n’ai pas de pudeur à vous dire ça », a développé l’officiel du gouvernement.
Deux jours plus tard, c’est Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, qui déclarait sur la même chaîne de télévision que le « racisme anti-Blancs » existait « bien sûr ».
Emballement médiatique et positionnement politique
De quoi faire monter le mercure politique. La France n’étant jamais avare de débats sociétaux à travers lesquels chaque camp pousse son agenda.
« Rarement un dirigeant d’une organisation de gauche aura tant fait pour brouiller les repères, banaliser des notions venues de l’extrême droite et contribuer ainsi à la défaite idéologique de notre camp social », a réagi le député Bastien Lachaud de La France Insoumise.
« Nouvelle performance de Roussel : reprendre un concept d’extrême droite sur une chaîne d’extrême droite », a cinglé son collègue Éric Coquerel de Seine-Saint-Denis. « Je ne décris que ce que beaucoup de gens voient », s’est pour sa part défendu quelques jours plus tard Sophie Primas, elle aussi également prise à partie pour son intervention.
Un concept scientifiquement fragile
Au-delà des positionnements partisans, la question de la pertinence scientifique du concept se pose. Les chercheurs interrogés par l’AFP soulignent une distinction fondamentale entre des actes individuels hostiles et un racisme systémique.
Alain Policar, chercheur au Cevipof, reconnaît l’existence de « comportements individuels qu’on peut considérer comme racistes » envers des personnes blanches. Mais il ajoute qu’il faut distinguer ces comportements d’un racisme institutionnalisé.
« Dans un pays démocratique comme le nôtre, à majorité blanche, les Blancs ne subissent pas de discriminations » structurelles dans l’accès au logement, à l’emploi ou à d’autres services essentiels », pointe-t-il.
Pour la militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo, cette différence est essentielle. « Des discriminations et des préjugés peuvent émaner de n’importe qui, mais le racisme, produit d’une histoire de domination, est nécessairement la combinaison de la détention d’un pouvoir et de privilèges », tranche-t-elle.